L'émergence de référentiels de pratiques professionnelles et l'évolution exponentielle des connaissances objectivées par la démarche clinique en kinésithérapie constituent des fondations indéniables à notre profession d'un point de vue communautaire. Par la force de leurs arguments factuels, elles permettent de développer un dialogue ouvert et rationnel avec les autres acteurs de santé, mais aussi avec les pouvoirs publics qui décident du mode de financement de notre système de soins… Et dans notre pratique quotidienne? Il semble peut-être un peu moins évident d'accéder et d'intégrer techniquement ces nouvelles connaissances cliniques, de jongler entre différentes stratégies de traitements allant de la connaissance validée cliniquement jusqu'à la bonne vieille recette empirique…
Les questions cliniques de type PICO et les bases de données: le temps des grandes découvertes
Le développement de la toile internet et des bases de données cliniques permettent maintenant de se construire assez rapidement une démarche clinique factuelle au quotidien. Il nous faut donc, tels de grands découvreurs en terre inconnue, nous armer d'un traducteur et nous lancer dans l'aventure électronique. Avec un peu de méthode, ce n'est pas si compliqué d'assaisonner notre quotidien d'évidence clinique… Allons-y pour une recette en 4 étapes:
1- Prendre la bonne habitude de formuler des questions cliniques face à un patient donné, de type PICO que l'on pourrait traduire par Patient et/ou Problème/Intervention/Comparaison/Outcome pour “résultat”.
2- En extraire la quintessence: les mots clés que l'on traduira en anglais pour naviguer en toute sérénité dans l'océan des bases de données anglophones. 3- Questionner les bases de données francophones et anglophones (PEDro, Pubmed, Medline ainsi que la librairie Cochrane) afin de prendre connaissances des différentes publications (études cliniques, revues systématiques et recommandations cliniques) et de leurs niveaux d'évidence respectifs.
4- Enrichir son bilan/diagnostic de ces données factuelles nouvellement acquises. Il se sera transformé en « plan d'intervention clinique basé sur les preuves ».
La naissance d'une nouvelle forme d'éthique de soins
Malgré la volonté d'intégrer progressivement “ce savoir-savoir au profit du plus grand nombre” que définit la validation clinique de nos techniques, notre savoir-être peut nous conduire, dans une situation individuelle, à laisser au placard cette culture de l'évidence clinique pour lui préférer d'autres techniques non évaluées; et ce pour des raisons diverses: adaptation à la douleur de la personne, problèmes culturels, symbolique négative évoquée par le patient, échec des techniques validées…
L'absence de données factuelles peut également empêcher de répondre à une question clinique pourtant bien construite.
Nous revoilà une nouvelle fois plongés dans ce vaste champ scientifiquement vierge et immaculé de toute trace biostatistique, cette face sombre de notre profession, cette caverne un peu préhistorique de la kinésithérapie : le monde du “non validé”.
Et pour peu que notre technique non validée se montre efficace, le patient que nous soignons entre à ce
moment précis dans la minorité statistique silencieuse de l'étude clinique portant sur son impact thérapeutique. Est-ce un drame? Sûrement pas!
De façon rationnelle, les résultats probants d'une étude clinique ne prétendent pas apporter le choix stratégique thérapeutique universel. Ils n'excluent donc pas la possibilité de réussite thérapeutique par l'utilisation d'une technique non validée, et ce pour de nombreux patients. Ce que nous dit simplement une étude clinique, c'est que nous avons plus de chances de réussir notre « coup thérapeutique » en utilisant les techniques qu'elle valide.
A l'instar de l'établissement d'une cartographie précise d'un territoire avant de pouvoir s'y déplacer en toute fiabilité, la pratique basée sur les faits nous permet de situer chacun de nos traitements sur une carte statistiquement significative. « Suis-je tenu, en mon âme et conscience, d'emprunter forcément et à coup sûr les chemins balisés par ces cartes? »
Notre éthique de soin, à l'ère de l'évidence clinique, trouvera toute sa place dans sa capacité à répondre à cette question, déclinée au cas par cas pour chacune de nos prises en charge. Cette question revient à chercher à apprécier la distance entre nos choix thérapeutiques dans un traitement particulier et les référentiels de pratique validés cliniquement. (Pour apprécier les limites et rester critique vis à vis de l'evidence based culture, c'est par ici)
Et pour la suite?
Les pratiques basées sur les faits s'échappent petit à petit des articles scientifiques et des publications papier qu
i les ont fait naître pour inspirer la conception de matériel de rééducation et de supports pédagogiques multimédias. L'accès aux bases de données ne se limite plus aux seuls professionnels et s'ouvre au public soigné; le deuxième volet du projet PEDro en est une illustration avec des articles contenant un résumé en anglais courant et une façon intuitive de les rechercher à partir de symptômes et de régions anatomiques simplifiées. La librairie Cochrane propose aussi des résumés vulgarisés dans ses revues systématiques. Le vent 2.0 souffle également sur le monde de l'Evidence Based Practice: des bases de données collaboratives apparaissent avec la possibilité, pour chaque praticien collaborateur, d'indexer ses propres références.
Bref… du concentré factuel tant pour des supports pédagogiques et informatifs que pour la conception d'outils de rééducation. A ce rythme là, la consultation des bases de données après avoir formulé une question clinique passera peut-être un jour pour de la kinésithérapie factuelle à papa!
Nous n'en sommes pas encore tout à fait là…
Voici
Question biostatistique fondamentale en santé et encore plus pertinente en kinésithérapie que dans d'autres domaines médicaux!
Cette
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Encore un domaine très peu développé dans nos pratiques et dans lequel nous sommes pourtant des témoins et des acteurs de premier plan.
Si vous ne connaissez pas encore l'article 17 du très critiqué projet de loi HPST, je vous conseille vivement la lecture de
Dans 
Un
C'est ce que démontre
Eric Soyer, kinésithérapeute,
Pas de lien évident dans cet intitulé et pourtant il résume en quelques mots le parcours scientifique de Gregory Barrière: d'une maîtrise en biologie cellulaire jusqu'à son post-doctorat dans le domaine des traumatismes médullaires.
Ce n'est pas l'état de santé de la population âgée qui coûte et qui coûtera cher à un système de santé, ce sont certains examens et autres dispositifs prescrits (entre autres nos séances de kinésithérapie) qui sont onéreux et qui n'apporteraient pas un bénéfice important à la qualité de vie et à l'état de santé de ces personnes



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