Difficile de passer une journée de travail sans entendre une désormais célèbre question de la part de patients : “Mais ce que vous faites, c'est un peu de l'ostéopathie non?”
Alors, pour la cinquième fois de la journée, il faut tenter la synthèse historique et économique qui conduit à cette question essentielle au coeur du quiproquo actuel de nos pratiques, tout ça avec des mots simples et de la pédagogie. Il faudra quand même penser à ajouter cet acte d'éducation en santé publique à notre nomenclature…
Que s'est-il passé pour en arriver là?
Au commencement, l'absence de plan de carrière et de formation continue sérieuse en kinésithérapie a ouvert la voie aux formations en ostéopathie dont le prix déraisonnablement onéreux n'avait pour justification que l'accès au déconventionnement plus ou moins complet des soins qui en découlaient. Le retour sur investissement était tel que cette nouvelle manne justifiait amplement une publicité tonitruante (encore actuelle) dans le monde de la kinésithérapie.
Ce fût la période faste de pseudo-doctorats prétendus bac+6 ou même 8, sans aucune valeur universitaire, auto-proclamés par chaque école et souvent soutenus par un syndicat associé à chaque même école. Le gouvernement tolérait ces formations et ces pratiques.
Les diplômes sont ensuite devenus plus officiels avec l'agrément de certains établissements assurant une formation ostéopathique en 6 ans par le gouvernement de l'époque. Ce soutien de l'Etat a même été plus loin lorsque Xavier Bertrand, alors ministre de la santé, a dénoncé, de concert avec la chambre nationale des ostéopathes, un nouveau genre de fraude à la sécurité sociale! Les kinésithérapeutes ne peuvent donc plus exercer librement leurs techniques de thérapie manuelle en restant conventionnés sans être de vils fraudeurs publics. Tout simplement sidérant!!! La plaisanterie n'est pas terminée à en lire ce morceau de bravoure estivale de la part de Roselyne Bachelot. Dans cet état d'esprit, il faut beaucoup de courage et/ou de militantisme (ou de bêtise?) pour rester conventionné…
Ceci dit, heureusement que nous ne lisons pas ces textes au pied de la lettre et que beaucoup d'entre nous restent des fraudeurs fiers de leurs pratiques! Nous voilà presque contraints à la désobéissance civile pour exercer convenablement!!!
Les enfants papavores de la thérapie manuelle pensaient enfin être arrivés à leur fins en ayant irrémédiablement digéré le monde conventionnel de la kinésithérapie et de la médecine manuelle; en revendiquant ce diplôme d'élite, ce doctorat clinquant avalisé par l'Etat sans autre condition. Le réveil a du être brutal pour ces enfants gourmands quand un beau matin , le ministère de la santé autorisa des établissements a délivrer des diplômes d'état en ostéopathie: des formations en 3 ans permettant d'exercer l'ostéopathie en France. Fini le doctorat de médecine holistique en thérapie manuelle et réciproquement! Aux oubliettes l'excellence et l'élite de ces formations juteuses… Et le tour était joué pour un gouvernement obsédé par les économies en santé par tous les moyens possibles.
Les ambitions des enfants terribles de la thérapie manuelle auront été les jouets de la réforme néo-libérale en santé, en chemin depuis une petite dizaine d'années; pour arriver à cette conclusion: des thérapies manuelles conventionnées apparemment interdites pour les kinésithérapeutes et les médecins, avec leur miroir hors convention légalement encouragé, sans plus de prestige que nécessaire…
Au final une situation inextricable et inexplicable pour les praticiens en thérapie manuelle: des kinésithérapeutes plus ou moins conventionnés déclarés ostéopathes ou non, des médecins ostéopathes plus ou moins conventionnés, des ostéopathes DO hors convention, et bientôt des ostéopathes DE hors convention…
“Alors ce que vous faites, c'est un peu de l'ostéopathie oui ou non?”
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